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Littérature

Grand Centre (roman)

« Monsieur Martin, la seule sensation qui rejaillisse clairement de ma mémoire, c’est la surprise en sentant l’arme prendre vie dans ma main, c’était comme un sursaut vif, le spasme d’un poisson tiré hors de l’eau... Alors je scrutai ce qui, l’instant d’avant encore était un visage, pour y lire quelque chose, je ne saurais dire quoi. Mais sur le sol il n’y avait plus personne. Un cadavre ce n’est pas une personne morte, c’est moins que ça. Même un putain de mannequin du musée Grévin est plus vivant que ça. Et ça n’a rien à voir avec la personne, avec mon épouse et les... Enfin, c’est la même chose avec ceux qu’on aime, quand on arrive trop tard, c’est vraiment trop tard. Vous reconnaissez les vêtements, la silhouette, mais plus le visage. Ce n’est vraiment pas comme s’ils étaient partis sans vous, en vous laissant un mot sur le frigo... »

Je revois son air à la fois illuminé et lointain lorsqu’il évoquait les exécutions. Il semblait vaguement incrédule face à son propre récit.

« C’est curieux, avait-il admis, j’attendais ce moment, et pourtant, chaque fois, une pensée paradoxale semblait jaillir de mon arme autant que de mon âme : j’ai plus de sentiments que toi, et je désapprouve ta conduite ! Et ce dernier râle, grotesque et stupéfait à la fois. Était-ce une dernière tentative de parole ? Et pour dire quoi ? »

Ce que chuchote l’esprit à l’instant où la vie et la mort se croisent, nous aimerions tous le savoir, mais personne n’est revenu nous le raconter. Ou peut-être bien que si, mais qu’on ne peut simplement pas l’entendre. Pas avant d’être allé vérifier par soi-même pourquoi la vie et la mort se croisent sans même se saluer. Pourquoi font-elles semblant de ne pas se connaître, pourquoi tiennent-elles aussi secrète leur étrange complicité ?

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